La créatrice

Mes créations naissent du silence.

Ce silence qui donne vie à toute chose.

Fonte de l'argent

Je travaille seule et je réalise tout à la main.
Sans moulage.

 

Je me laisse inspirer par l’instant présent, par la folie contenue dans chaque moment.

 

Je travaille mes bijoux “en énergétique” c’est à dire en laissant les vibrations de la matière devenir vivantes.

Depuis toujours mon univers est énergie et les éléments subtils peuplent mon quotidien.  C’est tout naturellement que cet univers subtil s’est transposé au niveau de la matière, laissant chaque vibration devenir vivante.

Espace de créativité, de réflexion, de joie.

Au départ, il y avait cette pièce. Vide.
Tout à créer.
Immensité des possibilités.
Au détour d’une annonce, deux vieux établis, magnifiques.
Ils furent le point de départ et bientôt mes fidèles compagnons de travail.

Petit à petit, pas à pas, l’espace vide s’est rempli.
Les outils sont arrivés, les uns après les autres.

Jour après jour l’atelier a pris forme. Il s’est affirmé. Il a pris corps. Il a pris vie.
Comme un enfant qui se cherche, il a grandi tout en douceur.

Des vieux outils. Chinés pour la plupart.
Des outils avec une histoire.
Des outils qui racontent ce qu’il ne peuvent pas dire.

Les vieux outils, ceux qui ont “vécu”, sont comme de vieilles âmes.
Je suis touchée par leurs courbes, leurs formes, leur usure.
Je vois leur fatigue, je devine leurs efforts.
Je ressens leur force, leur fragilité.

Comme la branche de l’arbre qui elle ne s’oppose pas au vent, je suis leurs mouvements.

 

L’outil, prolongement de la main.

J’ai goûté à chaque outil dans sa plus grande intimité.
J’ai troué mes pulls. Mes pantalons. Mes doigts.
J’ai fait des erreurs.
J’ai raté. J’ai recommencé.
Encore. Et encore. Et encore.

Aujourd’hui je suis cela. Tout cela à la fois.

Mon corps est vivant de toutes ces expériences.

Le feu, avec sa puissance, impose le respect.
Il dévore, il rugit, il domine.
L’instant d’après il se fait charmeur, enchanteur, beau-parleur.
Petit à petit, j’apprends à suivre ses courbes, à sentir son souffle, à écouter ses réactions, à lire ses intentions..
Petit à petit, avec une grande humilité, je pénètre son univers.

 

L’air, plus discret, observe en silence.
Subtilement il se faufile et pactise, à mi-mot, avec ses voisins.

 

L’eau, sous ses airs tranquilles, attend le moment.
Le moment de bondir et d’éteindre un feu rugissant.
Le moment de calmer et de dissiper un acide furibond.
Elle est la plus calme et la plus puissante à la fois.

L’argent n’est pas un métal réputé facile à travailler. Il est même considéré comme l’un des plus durs, si ce n’est le plus dur à “apprivoiser”.
Mais comme je n’en savais rien à l’époque, je n’avais aucun à priori ni l’idée de le “dompter”.

J’ai débuté très humblement, à petits pas, essayant de comprendre sa nature, ses réactions.

Et tel un animal en rencontrant un autre, l’argent s’est d’abord tenu à distance, me défiant à chaque instant.

Têtu. Fougueux. Une présence très forte. L’envie prégnante d’en découdre avec l’artiste.
Qu’à cela ne tienne, l’artiste est joueur..

Puis, le temps passant,  il a fini par baisser la garde pour me laisser doucement entrer dans son univers.
J’ai alors fait plus intimement connaissance avec l’argent. J’ai découvert un métal précieux, un métal “près des cieux“..

Dans une écoute attentive et respectueuse, nous avons appris à travailler ensemble.

L’argent est vivant. La matière est vivante.  Elle est vibration, elle est énergie.

Travailler à la main c’est vivre chaque étape de la création du bijou.
Comme un enfant qu’on met au monde et qu’on suit pas à pas jusqu’à ce qu’il atteigne sa maturité.

 

Quand on travaille à la main, les formes naissent, se tordent, se cherchent.
Le bijou a le temps, à chaque étape, de s’asseoir dans une forme, d’y rester fidèle jusqu’au bout, ou bien de suivre une autre ligne, d’emprunter des chemins plus sinueux ou alors plus doux.

A l’image de l’univers et de la nature, leurs courbes, leurs traits et leurs angles trouvent leur perfection dans leur singularité.

 

Là où la machine fige la matière et lui ôte son étincelle de vie, la main de l’homme rend la création vivante.

 

Parfois loin de la symétrie parfaite que fabrique la machine, la main de l’homme donne vie aux volumes et laisse à la matière la liberté et l’espace de se modeler dans le respect de sa structure la plus intime.

La beauté du travail à la main est que deux créations ne peuvent jamais être identiques.
Comme chaque geste est unique, chaque bijou l’est aussi.
Chaque pièce possède son caractère, son empreinte.
Elle est vraiment unique, et, j’aime dire, vraiment vivante.

Une matière à qui l’on permet de s’éveiller devient radieuse et lumineuse.

Elle est porteuse de bien plus qu’une beauté extérieure.

Elle rayonne la Vie.

Je sens.
Je ressens.

Chaque geste naît et meurt pour laisser la place à un autre geste.

 

Chaque jour une nouvelle bijoutière, chaque jour de nouveaux outils.
A chaque instant tout apparait et tout disparait.
Le geste jaillit, précis, sans intention.

 

Ne cherche pas à comprendre. Explore.
Ne cherche pas à maîtriser. Laisse toi faire.
Ta compréhension, c’est l’exploration.
Ta maîtrise, c’est ton lâcher prise.

Mon univers est énergie.

Explorer. Ce qui m’entoure.

Prendre conscience. De ce qui est.
Sentir. Observer. Se laisser faire.

Par l’instant. Par la création. Par la Vie.

 

L’important est le chemin.
Chaque étape de la vie est le chemin.

Mettre autant de soin, de patience, de présence, à chaque instant, à chaque étape, rend le chemin vivant.

Pas d’anticipation.
Pas de direction ferme.
Pas de commandant.
Pas de certitude.
Pas de futur.

 

Uniquement le présent. Uniquement la présence.
Présence à l’autre, présence à soi-même.
Présence à l’autre en même temps qu’à soi-même.
Car dans la présence tout peut cohabiter, coexister.

La créatrice. La matière. La création.
Un seul et même mouvement.
Une seule et même énergie.

Dans la présence, nul n’est présent. Il n’y a que présence, cet espace dans lequel la Vie s’exprime.
La Vie, la créatrice, la matière. La création.

 

Quand la présence surgit, l’unité naît et la création jaillit du silence.

Le bijou guide sa propre création.

Plus je travaille et plus je le ressens.

 

Le bijou suggère.
Pas à pas, j’écoute, je ressens, j’accompagne cette œuvre en devenir.

Dans le plus grand respect.
Avec une attention égale.
Une même passion.
Une même joie.

Je lui laisse cet espace de liberté qui va lui permettre de s’exprimer.
D’être écouté.

 

Il se révèle. Plus beau. Plus fort. Plus vivant. A chaque instant.

 

Jusqu’à ce qu’arrive le moment où..  il est prêt.
Les outils s’arrêtent, l’air se fige, le feu s’éteint, l’eau s’immobilise..
Chacun retient son souffle.. L’instant est de toute beauté..
L’évidence.. La grâce..
Le bijou est terminé.. L’étincelle de vie s’est allumée..
Il brille.. Il rayonne.. Il vibre..

Je suis touchée.
Émue par la grâce, la beauté, le silence. La présence.

 

La beauté est émotion.

J’aime dire que je crée des bijoux vivants.
Quand on porte un bijou vivant, qui a vécu sa création en conscience, il se passe une alchimie, une synergie, un dialogue, un échange, une écoute.

Le bijou me raconte son histoire, je l’écoute.

Je lui raconte mon histoire, il écoute.

Silencieusement.

La joie de la rencontre. La joie de l’écoute.
A chaque instant, la grande vibration de la Vie.

Le bijou. Continuité de nous-même.
Il nous reflète et nous sublime.
Plus encore : il est un compagnon de vie.

Chaque création est unique. Chaque vibration est unique.

La création sait déjà.

Elle vous connaît déjà.

Sa vibration a déjà rencontré la votre.

Patiemment, elle attend..  Votre rencontre.